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Jacqueline Rollin, une artiste au parcours atypique

Jacqueline Rollin a emprunté un chemin bien singulier pour venir à la sculpture. Cette ancienne élève de Sciences Politiques Paris, elle a toujours entendu dire que « Sciences-Po mène à tout ». Delà à imaginer que cette école renommée la conduirait un jour à plonger les mains dans la glaise !
Durant une trentaine d’années, elle fit carrière dans l’immobilier commercial La directrice commerciale des plus fameux centres commerciaux français allait ainsi céder la place à la sculptrice de talent. Sans regret pour son ancien métier et avec passion pour son nouveau travail.

Il est des artistes qui nous paraissent ressurgir des temps anciens pour accomplir une nouvelle fois une œuvre par un travail hors du commun et intemporel de la matière. La sculptrice Jacqueline Rollin est de ceux-là.
C’est dans la glaise que l’artiste va rechercher la genèse même de la vie, celle que l’on exhume de la terre.

Dans les années 90, il y eut d’abord les corps de femmes que Jacqueline Rollin apprend à travailler sous la houlette de différents sculpteurs. De petite dimension, les formes sont sages et encore académiques.

A l’aube de l’an 2000, les sculptures de Jacqueline Rollin s’animent. L’artiste sait à présent faire jaillir cette étincelle de vie par laquelle le corps se fait chair. Ainsi en est-il des sculptures animalières vers lesquelles se tourne l’artiste. La voila qui façonne avec un réalisme étonnant de nombreuses bêtes à plumes et à poils. Ici les natures ne sont plus mortes mais bien vives, tel un somptueux lièvre inspiré du fameux dessin de Dürer.

En l’an 2000, le grand bouleversement dans le travail de la terre s’annonce à l’occasion d’un voyage que l’artiste effectue en Chine. C’est le choc esthétique devant l’immense armée de guerriers et chevaux en terre cuite, grandeur nature, exhumés du site de Xi’an.
A son retour à Paris, Jacqueline Rollin s’engage dans le travail d’une tête de guerrier chinois. La sculpture de petite taille préfigure la qualité expressive des œuvres ultérieures.

Plusieurs années passent sans l’ombre d’une autre tête de guerrier. Les sculptures animalières se succèdent entre-temps. Mais la vision des anciens guerriers chinois hante l’artiste.

Puis en 2005 petite série de bustes, le style de Jacqueline Rollin s’affirme à la mesure de sa vision : de plus grande dimension, les formes sont nobles, élégantes et hiératiques. Mais les visages laissent déjà entrevoir ce qui caractérise désormais le travail de l’artiste : la traduction d’une profonde humanité. L’expression s’adoucit, le regard s’imprègne de pensées moins belliqueuses, le caractère méditatif s’installe dans les traits.

C’est en 2006-2007 que Jacqueline Rollin révèle son talent de sculptrice de l’âme. Les têtes de guerriers chinois acquièrent une identité marquée, selon l’inspiration de l’artiste. Au-delà de leur personnalité, elles imposent en toute discrétion leur silence parlant et leur présence humaine. Sans jamais perdre leur caractère noble et majestueux, elles s’enveloppent de sagesse et de simplicité, distillant aux alentours l’apaisement de l’âme tout en laissant fuser une pointe d’humour rendu par un indicible sourire.
Dans la même veine, des têtes de femmes chinoises entrent en scène aux côtés des guerriers, apportant une douceur naturelle à leur vigueur bien perceptible, offrant plus que jamais un caractère énigmatique.

Au-delà de leur force, les sculptures de Jacqueline Rollin sont vivantes. Si vivantes que l’on peut les entendre penser et les voir murmurer et que l’on prend plaisir à les toucher.
Les voilà devenues étranges, fidèles et solides compagnons du foyer. Les voilà devenues personnages à part entière du XXI siècle.

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