Airelle
Intitulé "Les douze fenêtres de ma maison" il s'agit
de douze panneaux de dimensions moyennes (50 x 50 cm) réalisés en technique
mixte collage et acrylique, qui nous replongent d'emblée dans l'ambiance poétique
et sensible habituelle de sa peinture, soulignée par des titres évocateurs, et à
laquelle s'ajoute une dimension intimiste nouvelle, caractéristique de cet accrochage.
Des photographies de femmes choisies à la fois pour la pose naturelle et abandonnée, sans artifice,
et pour la texture de l'image, matière et couleur, constituent une base affective en même temps que
plastique. Un deuxième élément photographique collé -fenêtre ouverte vue de l'intérieur d'une pièce
- vient compléter ce point de départ en même temps que ponctuer l'espace à deux dimensions où va
s'effectuer l'élaboration d'une profondeur.
Alors que d'autres artistes jouent par prédilection sur la discontinuité des signes ou sur les ruptures
de matières et de formes, le travail du pinceau et de la couleur, chez Airelle, est un minutieux processus
de tissage, de mise en relation, de prolongement et de déclinaison d'harmoniques, qui à la fois densifie et
aère, décrit la pénombre de l'intérieur - le calme d'une intériorité - et la présence discrète mais rayonnante
du dehors. Chaque Fenêtre ouvre l'image d'une aspiration irrésistible vers le fond, l'évasion, et aussi le rêve,
pour une union harmonieuse des contraires.
Lorsque cette fusion se matérialise, comme dans "Des ailes sur les branches" ou "Jardin des lumières",
l'espace se renverse, le dehors devient le dedans ou plutôt le pénètre et l'illumine. Tous les titres,
qui sont eux-mêmes des entrelacements verbaux recherchés et évocateurs, dénotent du reste toute l'intensité
du projet d'Airelle, fait de discrétion et de persévérance, et d'équilibre mûrement construit.
A tout spectateur attentif, ces oeuvres donneront une impression de plénitude réalisée. Voilà une peinture
qui atteint ses objectifs et sait les faire partager, en proposant plus qu'un renouvellement du regard : un art de vivre.
François Derivery
décembre 1996
Site de l'artiste